La mort de Frédéric Fajardie, maître du roman noir
|
 |
 Frédéric Fajardie en 1985 - Photo Gérard Rondeau
|
Maître du polar, auteur de romans historiques palpitants, Frédéric Fajardie s'est éteint le 1er mai, à 60 ans
Ecrivain brillant et prolifique, Frédéric Fajardie a signé plus de trois cents nouvelles et une trentaine de romans, tous caractérisés par une écriture sèche, nerveuse, percutante et totalement efficace.
Comme son père "socialiste, un brin libertaire", militant du Front populaire et résistant, le romancier était viscéralement engagé à gauche et ses héros choisissaient toujours leur camp. Le bon : celui des opprimés, et des victimes de la violence de classe.
Cet élève doué né à Paris le 28 août 1947 doit quitter le lycée en seconde pour aider son père libraire, devenu partiellement invalide.1968 le trouve naturellement du côté des manifestants, plutôt ouvriers qu'étudiants. Dans un de ses romans policiers, "Jeunes femmes rouges toujours plus belles", Fajardie évoque le joli mois : "J'avais vingt ans. J'étais gauchiste et il y eut Mai 68. Ma révolution fut celle de la piétaille, des obscurs militants. Nous nous battions pour une barricade, un coin de rue. La police nous tabassait à l'écart des journalistes. Les livres commémoratifs ne parlent jamais de nous. C'est pour réparer cette injustice que j'ai écrit ce roman où il est question d'amour, de joie de vivre, de mort et d'un long exil de vingt ans."
A 25 ans, après avoir milité au Comité Vietnam de Base et à la Gauche prolétarienne, il reprend ses études. Après le bac philo passé en candidat libre, il obtient un DEA d'Histoire à l'Ecole pratique des hautes études.
Son premier livre, "Tueur de flics", paraît en 1979 chez un petit éditeur. Un écrivain est né, qui ne s'arrêtera plus : il signera plus de trois cents nouvelles et une trentaine de romans. Tous ses livres se reconnaissent à une sobriété et une efficience stylistiques rares. Parmi ses plus grands succès, les romans historiques parus depuis le début des années 2000 : "Les Foulards rouges" (prix des maisons de la presse 2001), "Le Voleur de vent", "La tour des demoiselles", "La lanterne des morts" et "Le conseil des troubles". Un pur régal.
En dehors des oeuvres de fiction, signalons un essai, "Metaleurop, paroles ouvrières", ouvrage consacré à l'usine du Nord fermée au début des années 2000. L'écrivain s'expliquait ainsi sur son projet : "Metaleurop-Nord devait disparaître, on y était trop digne, on donnait le mauvais exemple. Ici, nul ne songeait à se prostituer dans les reality-shows d’une télé pourrie, on était simplement fier d’appartenir à la classe ouvrière, de travailler dans une usine d’élite, de produire de la richesse en espérant qu’elle serait un jour répartie avec davantage de justice. (...) Des ouvriers, dont certains connaissaient mes livres, m’ont fait venir sur le site de Metaleurop-Nord, m’ont parlé et m’ont choisi pour donner une forme écrite à leur mémoire. C’est ma seule légitimité, elle vient d’eux".
Le dernier roman de Frédéric Fajardie, "Tu ressembles à ma mort" a été publié en 2007 aux éditions des Equateurs. L'écrivain en avait commencé un nouveau, qui devait s'appeler "Le protocole de Hastings". Il restera inachevé.
-> Voir aussi le site officiel: http://fajardie.free.fr/ qui nous a servi de source.
|
|