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Rufin : "sans humanité, l'écologie peut déraper"

- Jean-Christophe Rufin  - Photo ULF Andersen © Flammarion -
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Jean-Christophe Rufin - Photo ULF Andersen © Flammarion
Jean-Christophe Rufin a publié "Le parfum d'Adam", un thriller qui s'en prend à l'écologie "radicale"

Dans ce roman  immédiatement salué par le succès, reprenant des thèses chères au FBI, le romancier y dénonce les dérives d'un possible "terrorisme" vert, alors que l'écologie n'a jamais eu autant le vent en poupe.

Nous avons voulu en savoir davantage :  interview ci-dessous de Jean-Christophe Rufin, qui retrace aussi dans ce livre une histoire des services de renseignements depuis la guerre froide, et leur "privatisation" partielle, du moins aux Etats-Unis.

Anne BRIGAUDEAU
Publié le 20/06 à 09:06

"Le parfum d'Adam" Jean-Christophe Rufin. Dans "Le parfum d'Adam", vous dénoncez les mouvements écologistes radicaux. Dans une interview au "Monde 2", vous avez dit que le FBI considère l'écologie radicale comme la deuxième menace après le fondamentalisme islamiste. Pouvez-vu étayer votre propos plutôt à contre-courant, alors que l'écologie a le vent en poupe ?

Je ne suis pas à contre courant de l’écologie, que je considère comme un mouvement de pensée nécessaire, particulièrement aujourd’hui. J’ai seulement voulu faire découvrir au lecteur français d’autres formes d’ écologies que la nôtre et rappeler que sans humanité, l’écologie peut déraper et devenir une idéologie meurtrière.

. Le héros du "Parfum d'Adam" est un espion médecin qui travaille dans l'humanitaire. Vous êtes médecin, avez travaillé dans l'humanitaire -vous êtes toujours président d'honneur d'"Action contre la faim". Avez-vous rencontré des espions dans ce milieu ? Comment connaissez-vous les milieux du renseignement, dont vous parlez si bien dans ce livre (en retraçant leur évolution récente et notamment leur sous-traitance au privé aux Etats-Unis) ?

J’ai été conseiller du ministre de la défense, chargé des opérations de maintien de la paix. A ce titre, j’ai été chargé de missions secrètes, notamment dans le cadre de libérations d’otages. J’ai noué des amitiés durables dans les milieux du renseignement et, à travers l’exemple concret de plusieurs agents, j’ai pu suivre leur évolution. Ce livre tente de construire une version moderne du roman d’espionnage post-guerre froide. Les agences nationales sont aujourd’hui largement contraintes de « sous-traiter » et il m’a semblé intéressant de prendre comme héros ces « espions privés » qui se multiplient aujourd’hui et jouent un rôle décisif.

. Vous voulez visiblement secouer l'opinion. Quel message voulez-vous faire passer ?

Je voudrais, encore et toujours, rappeler qu’il n’y a pas un seul monde mais deux : le nôtre et celui des pays pauvres. Le regard que nous portons sur le tiers-monde a changé. L’exigence de sécurité est en train de remplacer l’exigence de justice. Nous sommes confronté à un glissement des mentalités : la lutte contre la pauvreté fait place à la guerre contre les pauvres. Cette voie est sans issue. Il est temps d’en prendre conscience.
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