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Chronologie/témoignages

Chronologie/témoignages

6-8 décembre 1915

Conférence de Chantilly : elle réunit les chefs militaires alliés, qui décident de coordonner leurs offensives pour l’année 1916, en particulier dans la Somme, en Russie et en Italie.

 « Il fut entendu que la décision devait être recherchée par des offensives concordantes sur les fronts russes, franco-anglais et italien. Ces offensives seraient prononcées simultanément ou tout au moins à des dates suffisamment rapprochées pour que l’ennemi ne puisse transporter ses réserves d’un front à l’autre. L’action générale aurait lieu le plus tôt possible. »

Général Joffre

Source : Paul Jankowski, Verdun,  Gallimard.

15 décembre 1915
Le général Erich Von Falkenhayn, commandant  en chef de l’armée allemande, propose à l’empereur d’Allemagne Guillaume II d’attaquer l’armée française pour prendre les Alliés de vitesse au début de l’année 1916. La planification est réalisée courant décembre avec le chef d’état-major de la 5ème armée allemande chargé de l’opération.

« Falkenhayn prit une carte et me montra là où il voulait que l’attaque se déroule. Je me souviens  très bien lui avoir montré mon étonnement et lui avoir demandé  si c’était bien là toute son ambition, s’il ne serait pas préférable d’attaquer également sur la rive occidentale. Il me répondit que nous n’avions ni les moyens en hommes ni en artillerie suffisants pour une telle attaque. Toutes mes idées, en ce 15 décembre furent rejetées. Tout était dit. Je dis alors à Falkenhayn que nous aurions probablement à affronter au moins la moitié de l‘armée française sur la rive orientale de la Meuse… »

Conversation entre le général Knobelsdorf, chef d’état-major de la 5ème armée allemande et Falkenhayn.

Source : Paul Jankowski, Verdun, Gallimard.

12 février 1916
Une tempête de neige repousse l’attaque allemande. Des renseignements fiables sont  donnés par des déserteurs allemands, au Grand Quartier Général français on prend conscience de l’imminence d’une offensive allemande sur Verdun.

« Après de longs jours d’une défense opiniâtre, l’ordre de Sa Majesté,  Empereur et Roi, nous appelle à l’attaque. Sachons tous que la patrie attend de grandes choses de nous. Il faut montrer à nos ennemis que la volonté de vaincre est restée ferme comme l’acier chez les fils de l’Allemagne, et que l’armée allemande, là où elle passe à l’attaque, brise toute résistance. Plein de confiance que chacun à sa place s’y emploiera tout entier,  je donne l’ordre d’attaque. Que Dieu soit avec nous.»

Ordre d’attaque du Kronprinz commandant la 5ème armée.

Source : Kronprinz Wilhelm, Souvenirs de guerre du Kronprinz, tome 2.

21 février 1916
Début de la bataille de Verdun. Préparation d’artillerie. 2 millions d’obus sont tirés par l’artillerie allemande.

« Imaginez, si vous pouvez, un orage, une tourmente, une tempête toujours grandissante où il ne pleuvrait que des pavés, où il ne grêlerait que des pierres de taille »

Un chasseur de Driant.

Source : Laurent Loiseau & Géraud Bénech, Carnets de Verdun.

Le lieutenant-colonel Driant, qui commande 2200 Chasseurs au Bois des Caures  à proximité des lignes ennemies résiste héroïquement.

« Demain verra probablement se déclencher l’attaque allemande en masse ; nous devons donc être prêts à en recevoir le choc sans broncher, et à nous faire tuer sur place, plutôt que de reculer d’une semelle. Car il nous faudra tenir jusqu’au bout, pour donner au commandement le temps d’amener des renforts, le temps de sauver Verdun, le temps de sauver la France ! (…). Sachons tomber pour la France en dignes chasseurs – face à l’ennemi. Quant à moi, vous avez ma parole : je me ferai tuer sur la brèche, mais je ne me rendrai pas ! » 

Colonel Emile Driant au soir de l’attaque du 21 février 1916.

Source : archives du général Fournier.

22 février 1916
Le lieutenant-colonel Driant est tué au deuxième jour de l’attaque allemande contre le bois des Caures. 1186 de ses chasseurs sont morts avec lui.

« Nous sommes débordés par des forces supérieures. J’engage mes dernières réserves. Envoyez des renforts. Je défendrai jusqu’au bout ma ligne. »

Ultime message du Lieutenant-colonel Driant.

Source : archives du général Fournier.

23 février 1916
L’infanterie allemande poursuit son avancée vers Verdun, repli des troupes françaises. Arrivée des premiers renforts français.

Témoignage d’Edmond Bougard, soldat au 208e R.I. : « En avant de Beaumont, le 208e qui, le 22, a repoussé trois attaques allemandes, doit subir, toute la nuit et toute la matinée, un tir d'artillerie tellement vif que tout saute autour des tranchées. La fumée des éclatements est comme un brouillard. Les blessés agonisent sans soins ; ils sont trop. De tous les coureurs envoyés aux ordres, pas un ne revient. Les cartouches manquent, on prend celles des morts. A 8 heures du soir, un obus tombe en plein dans la tranchée, semant les blessés et les cadavres. Une cervelle est sur ma capote, je suis plein de sang des copains. Au fracas des obus, se joignent les plaintes des agonisants. La neige tombe, il fait très froid. On se bâtit un abri avec les cadavres. »

Source : Jean Pierre Tubergue, Les 300 jours de Verdun.

Propos du général Delville (42e DI) rapportés par le sous-lieutenant Raymond Jubert : « Je n’ai pas à vous cacher la vérité, nous avons été surpris… Je n’ai pas à vous cacher les fautes, nous avons à les réparer… La situation est désespérée ; elle n’est pas encore rétablie… Le secteur que nous prenons ? Un chaos… La vie qui nous attend ? La bataille… Les tranchées ? Elles n’existent pas… Ne me demandez pas de matériel : je n’en ai pas… Des renforts ; je n’en ai pas… »

Source : Gérard Canini, Combattre à Verdun, vie et souffrance quotidienne du soldat, presses universitaires de Nancy, 1988.

Le général Joffre envoie un télégramme au général de Langle :

« J’approuve par avance les décisions que vous prendrez en ce qui concerne le repli, vers les Hauts de Meuse, des troupes disposées dans la poche de la Woëvre, si vous le jugez nécessaire : vous êtes seuls juge des nécessités du combat. Mais vous devez tenir face au nord sur le front entre la Meuse et la Woëvre par tous les moyens dont vous disposez. Employez-y tout le 20e corps sans hésiter.»

Source : Paul Jankowski, Verdun,  Gallimard.

25 février 1916
Les Allemands s’emparent du fort de Douaumont presque sans combattre. Les journaux allemands titrent le lendemain : « Douaumont ist gefallen » (« Douaumont est tombé »). Le lieutenant Von Brandis, de la 8e compagnie du 24e Brandebourgeois, qui fut au nombre des premiers à pénétrer dans l’enceinte du fort est promu au rang de héros national. Le Kronprinz lui décerne personnellement la croix de l’ordre « Pour le Mérite ». Pourtant, à ce moment crucial de la bataille de Verdun et à la surprise de tous, les Français, partout submergés, résistent.
C’est alors que Joffre envoie une nouvelle fois à Verdun l’un de ses plus proches collaborateurs le général de Castelnau et convoque le général Pétain au G.Q.G. afin de lui confier le commandement direct des unités qui composent la région fortifiée de Verdun. Une décision est prise, qui subordonne toutes les autres : Verdun sera défendu  coûte que coûte ! À Douaumont, les Français s’enterrent à moins de 200 mètres du village qui avait donné son nom au fort.

Pétain, le 25 février sur le trajet pour Verdun : « À Dugny, j’appris un grave évènement : le 20e corps s’était battu courageusement toute la journée autour du village de Douaumont, mais le fort venait de tomber par surprise au pouvoir de  l’ennemi ! Nous perdions ainsi le meilleur et le plus moderne de nos ouvrages, celui qui résume les raisons de notre confiance, le splendide observatoire qui nous aurait permis de surveiller et de battre le terrain des approches allemandes et d’où, maintenant, l’ennemi pourrait diriger ses regards et ses coups vers les moindres replis du cirque sacré de Verdun ! »

Source : Maréchal Pétain, La bataille de Verdun.

26 février 1916
Arrivée du général Pétain, qui installe le Quartier Général de la 2ème armée à Souilly et prend la direction des opérations.

«L’État-major de la deuxième armée, arrivée dans la matinée du 26, se mettait tout de suite au travail pour diffuser mes premières instructions. Celle-ci définissait d’abord « la position de résistance » unique, la position à défendre avec tous nos moyens, position qui serait marquée, sur la rive droite par les lignes mêmes que nous tenions à ce moment et qui ne laissait pas assez de champs libres pour permettre le moindre recul. Ces lignes étaient constituées : face au nord, par les avancées de Thiaumont et de Souville,  en se tenant aussi près que possible de la masse du Fort de Douaumont : face à l’Est, par la ligne même des Forts de Vaux, Tavannes, Moulainville et la crête des Côtes-De-Meuse dominant la Woëvre. Sur  la rive gauche, elle passerait par Cumières, le Mort-Homme, la côte 304 et Avocourt. La Meuse, entre Cumières et Charny,  formerait ligne de défense et liaisons entre les deux rives. La mission de l’armée, fixée par l’ordre d’opération numéro un, était la suivante : enrayer à tout prix les attaques de Lenny et reprendre immédiatement toute parcelle de terrain enlevé par lui. Cette formule rigoureuse imposée à chacun la volonté de défendre, ferme, la ligne assignée. »

Général Pétain

Source : Maréchal Pétain, La bataille de Verdun.

2 – 4 mars 1916
Le village de Douaumont est le théâtre de très violents combats, il change de mains plusieurs fois et finit par être perdu par les défenseurs français. Le capitaine Charles de Gaulle est fait prisonnier.

« Voyant que l’ennemi accablait de grenades le coin où je me trouvais avec quelques hommes et que, d’un moment à l’autre, nous allions y être détruits sans pouvoir rien faire, je pris le parti d’aller rejoindre la section Averlant. Notre feu me paraissait avoir dégagé de boches un vieux boyau écroulé qui passait au sud de l’église. N’y voyant plus personne, je le suivis en rampant avec mon fourrier et deux ou trois soldats. Mais, à peine avais-je fait dix mètres que dans un fond de boyau perpendiculaire, je vis des boches accroupis pour éviter les balles qui passaient. Ils m’aperçurent aussitôt. L’un d’eux m’envoya un coup de baïonnette qui traversa de part en part mon porte-cartes et me blessa à la cuisse. Un autre tua mon fourrier à bout portant. Une grenade, qui m’éclata littéralement sous le nez quelques secondes après, acheva de m’étourdir. Je restai un moment sur le carreau. Puis, les boches, me voyant blessé, me firent retourner d’où je venais et où je les trouvais installés… En ce qui me concerne, le reste ne mérite plus aucune considération. »

Lettre de Charles De Gaulle adressée à son ancien colonel en 1918. 

Source : Mémorial de Verdun.

6 mars 1916
Attaque allemande sur la rive gauche de la Meuse.

« Après un bombardement en tout points comparables à celui du 21 au 22 février, l’infanterie allemande se portait en avant le 6 mars à 10 heures. Elle espérait visiblement, comme précédemment sur la rive droite, progresser facilement dans la zone de mort créée par les obus, (…) mais devant les lignes de Cumières au Mort-Homme, elle se trouvait arrêtée par les feux violents et précis de nos fusils et de nos canons. Le « barrage » de notre position de résistance jouait : le rempart tenait ! »

Général Pétain.

Source : Maréchal Pétain, La bataille de Verdun.

10 mars 1916
L’attaque allemande contre le Fort de Vaux de la veille se solde par un échec. Ordre du jour de Joffre félicitant les soldats de Verdun.

Dernière lettre de Paul Handmeier, fantassin allemand avant l’attaque du Fort de Vaux : « Je combats au Fort de Vaux près de Verdun et ce n’est pas la peine que j’écrive quelque chose là-dessus. Vous comprenez tout. Il ne me reste qu’à espérer. C’est amer de le comprendre. Pourtant, j’espère survivre comme je suis encore jeune. Y-a-t-il quelque chose qui m’aide ici ? Pas des prières, pas des supplications ! Que des obus ! Je vous embrasse Paul » 

Paul Handmeier sera porté disparu.

Source : Europeana.

« Après le début victorieux de notre grande attaque, nous en étions arrivés au carnage épuisant et coûteux de combats partiels très opiniâtres et nous comptions seulement, avantage bien douteux, en souffrir moins que l’adversaire »

Kronprinz Wilhelm

Source : Kronprinz Wilhelm, Souvenirs de guerre du Kronprinz, tome 2.

24 mars 1916
Le Prince Alexandre de Serbie, arrivé le 21 mars 1916, visite le front de Verdun. Communication de propagande française, Verdun devient le symbole de la ténacité de toute une nation.

5-10 avril 1916
À Verdun, les Allemands accentuent leur poussée sur les deux rives, mais les Français résistent avec acharnement.

Témoignage d’un lieutenant allemand du 71ème régiment de réserve : « 8 avril, depuis 8 jours, je suis dans la saleté sans pouvoir me laver. Ici, dans cet enfer de Verdun, c’est d’une mortelle tristesse. Demain, notre régiment attaque entre le bois des corbeaux et le Mort-Homme, que d’ailleurs les Français occupent toujours, et où ils ont d’excellents observatoires. Le cercle autour de Verdun se referme peu à peu, mais mon opinion, fondée sur l’extrême précision du tir de l’artillerie française et la quantité innombrable de leurs canons, est que nous ne prendrons pas Verdun. Cela coûte trop d’hommes. Pour l’avoir il faudrait des mois de combats »

(Ce lieutenant sera tué le lendemain 9 avril au bois des corbeaux.)

Source : Europeana.

10 avril 1916
Ordre du jour de Pétain :

« Le 9 avril est une journée  glorieuse pour nos armes. Les assauts furieux des soldats du Kronprinz ont été partout brisés. Fantassins, artilleurs, sapeurs, aviateurs de la deuxième armée ont  rivalisé d’héroïsme. Honneur à tous ! Les  Allemands attaqueront sans doute encore. Que chacun travaille et veille pour obtenir le même succès qu’hier. Courage on les aura ! »

Source : Maréchal Pétain, La bataille de Verdun.

 23 avril 1916
Joffre limite à 24 divisions l’effectif des forces engagées à Verdun.

Joffre télégramme à Pétain :
« Vous connaissez la situation générale de l’ennemi et celle des forces françaises… Vous devez en conséquence tout faire pour que je ne sois pas obligé, dès maintenant, de faire appel au dernier corps d’armée entièrement frais que j’ai disponible pour l’instant, et dont le maintien en réserve a une importance évidente vis-à-vis de nos alliés, ainsi qu’en raison de nos projets ultérieurs ».

Source : Paul Jankowski, Verdun, Gallimard.

Pétain répond :
«  L’envoi de nouvelles unités est nécessaire… Je demande avec insistance que ces nouvelles unités soient choisies parmi celles qui n’ont pas encore paru sur le front de Verdun. »

Source : Paul Jankowski, Verdun, Gallimard.

27 avril 1916
Pétain est promu commandant du groupe d’armées Centre.

A l’annonce de cette nomination, il dit:

« Ma tristesse est profonde, j’aurais voulu ne pas m’éloigner de mes troupes avant qu‘elles ne connussent, sous mes ordres directs, la satisfaction des grandes ripostes escomptées. Mais celle-ci ne me paraissaient pas imminentes et le 3ème corps, à la fin d’avril, mesurait le chemin à parcourir avant d’atteindre ses objectifs ! »

Source : Maréchal Pétain, La bataille de Verdun.

Le bilan du général Pétain à Verdun est positif. Bien qu’usée, l’armée française engagée seule depuis trois mois dans la bataille a tenu au-delà de toutes les espérances et la liberté d’action du haut commandement demeure. Pétain a fait passer sous Verdun quelques 40 divisions et grâce à la « noria », les pertes sous son commandement bien qu’élevées, 3000 officiers et 130 000 hommes, ont été acceptées parce qu’il fallait faire son devoir, mais aussi parce qu’elles ont été partagées par tous. Reste à Nivelle à « faire mieux » ou différemment…

1er mai 1916
Le général Nivelle succède au général Pétain au commandement de la IIème armée.

3-7 mai 1916
Sur la rive gauche de la Meuse, les Français perdent le plateau de la côte 304.

Témoignage du Lieutenant Armeilla 17 ème DI : « Les boches viennent de déclencher une attaque sur la côte 304 et le Mort-Homme. Je n’ai jamais vu pareille avalanche de projectiles ; la fumée s ‘élève à des hauteurs incalculables et forme un rideau si épais que le soleil ne la traverse pas »  

 Source : Jean Pierre Tubergue, Les 300 jours de Verdun.

 Impressions de Hernst Piepke, artilleur allemand blessé devant Verdun : « Cher beau-frère ! Je ne peux pas te décrire dans le détail la bataille de Verdun. Le duel d’artillerie continue encore. Les soldats  ayant combattu en Serbie ou en Russie témoignent de ne jamais avoir vu un affrontement plus terrible. Les dévastations des forêts, des villages et des pertes humaines sont considérables. Nous voyons des trous d’obus partout, des centaines de cadavres sont dans les tranchées françaises, chaque trou est rempli de cadavres de chevaux. Nous avons eu beaucoup de morts lors du premier assaut, nos adversaires aussi. Notre situation est bien difficile. Nous ne conservons qu’un tiers de nos cent chevaux, nous avons beaucoup de tués. Ce champ de bataille est un tableau que je n’oublierai jamais de ma vie. » 

Source : Europeana 

Témoignage de Jean Meignen, soldat au 174 RI en position au Mort-Homme : « Quand le jour se lève, je ne puis me défendre d’une sensation d’horreur et d’épouvante quand je vois qu’à l’endroit que j’occupais, le parapet est en partie formé de cadavres et que toute la nuit, je me suis appuyé sur des godillots qui émergeaient, en laissant couler une boue infecte, mélange de sang, de pourriture et de terre. »

Source : Jean Pierre Tubergue, Les 300 jours de Verdun.

22 mai 1916
Le général Mangin lance l’attaque contre le fort de Douaumont. Les Français parviennent à atteindre les superstructures du fort. Mais ils finissent par être repoussés. La tentative de reprise du Fort de Douaumont est un échec. 
Témoignage de Jacques Lepetit, médecin au 129ème RI:


« L’ordre fut donné d’attaquer à 11h50, le 22. Notre bombardement de son côté avait été si violent depuis quatre jours (nous avions du 380), que les Boches n’avaient pu tenir dessous ; un quart d’heure après à peine, mon bataillon et l’autre de chez nous, ou plutôt leurs débris, avaient presque encerclé le fort ; à 12h45, un coureur apportait à mon commandant, un compte-rendu écrit sur la partie nord du fort, tandis que quelques prisonniers arrivaient tous seuls par petits groupes affolés ou… ravis. Quelques renforts pris sur la division furent demandés et arrivèrent le jour ; ce qui put arriver à la première ligne fut toujours autant. Malheureusement les régiments de droite et de gauche ne purent avancer beaucoup, nous laissant complètement en flèche autour du fort et comme notre ancienne première ligne nous y mettait déjà, nous avions plutôt une sale position. » « Dans la journée, quelques éléments ont pénétré dans une petite partie de l’intérieur du fort. Seuls, nous avons atteint notre objectif et l’avons conservé jusqu’à la relève (nuit du 23-24) ; mais renforcés depuis le 22 au soir par des régiments du Sud-Ouest, et relevés le 23 dans la nuit ; nous avons bien pensé que nos sacrifices seraient inutiles, à voir la débandade de ces gens de classe 16 ou de vieux demi-méridionaux (34ème et 49ème d’infanterie), mettant la panique partout et fuyant de tous côtés avant d’être arrivés en première ligne. »« Nous seuls avons atteint le fort et cela en pure perte, par la faute d’un bandit qui nous a fait relever en plein combat dans les circonstances les plus dures, par des Méridionaux choisis parmi des jeunes n’ayant jamais vu le feu ou des vieux ayant passé jusqu’à présent toute la guerre dans des secteurs de tout repos, sans aucune attaque, pour les envoyer subir les contre-attaques d’un secteur infernal. Grâce à tout cela, notre division est anéantie. L’attaque du fort, désapprouvée par le seul général Pétain, était une folie. »

Source : Jacques Lepetit, Journal de guerre.

20-30 mai 1916
Les Français peinent à tenir leurs positions sur les deux côtés de la Meuse, et sont contraints de céder du terrain dans les secteurs du Mort-Homme et la côte 304. 

Témoignage Jean Ernest Tucco-Chala, artilleur : « Les boches ont commencé à attaquer avec des liquides enflammés sur les tranchées et arrosent les batteries du 150 et du 210, avec des obus lacrymogènes. Qu'est-ce que c'est encore que cette nouvelle invention ? On nous a distribué lunettes et masques mais j'étouffe là-dessous et l'on y voit rien, l'ordre est « Barrage à volonté ». Comment concilier les ordres et sauver sa peau avec ces saloperies sur la gueule ? À petit jour, cela devient terrible ; les yeux nous coulent ; moi, j'enlève tout. Et merde ! Crever pour crever, à l'air libre au moins. »

Source : Jean Pierre Tubergue, Les 300 jours de Verdun.

2 juin 1916
Les Allemands pénètrent dans l’enceinte du Fort de Vaux.
Depuis le début de la bataille, ils utilisent des lance-flammes. À Vaux, ils forcent les soldats français à se replier dans les galeries de liaison souterraines du fort. Aussitôt, les défenseurs s'organisent et construisent des barrages de fortune avec tout ce qui leur tombe sous la main. Le chaos s'installe rapidement du fait de l'étroitesse des galeries qui empêche de manœuvrer correctement. On se bat à la grenade, au lance-flammes à la baïonnette ou encore à la pelle de tranchée. Plus de 600 Français s'entassent dans la caserne souterraine. La situation est, pour les défenseurs, catastrophique. La chaleur est étouffante, et l’eau manque. La soif tenaille les défenseurs du fort. Le commandant Raynal n’a plus d’autre moyen pour communiquer avec l’extérieur que quatre pigeons.
Le 2 juin, un premier oiseau est lâché :
« L’ennemi est autour de nous. Je rends hommage au brave capitaine Taboureau, très grièvement blessé. Nous tenons toujours. » Les 3 et 4 juin, deux autres pigeons furent utilisés pour décrire la situation dans le fort : l’avancée allemande, la résistance des soldats français, une demande, à titre posthume, de Légion d’honneur pour le capitaine Taboureau. Le 4 juin, le commandant lance vers Verdun son dernier pigeon. Des gaz asphyxiants allemands envahissaient l’atmosphère du fort. Le pigeon ne parvenant pas à s’élever au-dessus des fumées, revient se poser devant le poste de commandement. Le commandant Raynal s’écria alors : « Mais il faut qu’il parte ! ». On le renvoie. Et les derniers défenseurs du fort ont la joie de le voir piquer dans la bonne direction : Verdun.

4 juin 1916
Début de l’offensive Broussilov.


7 juin 1916
Reddition du Fort de Vaux : après une semaine de pilonnage, le fort passe aux mains des Allemands.

Récit du commandant Raynal, commandant en chef du fort de Vaux en juin 1916 : « Les Français étaient rangés de chaque côté de l'allée centrale du fort ; les Allemands passaient au milieu et les saluaient. Ils appartenaient au 39e régiment d'infanterie prussien. L'évacuation se fit par la brèche nord-ouest. Au pied des pentes du Fort de Vaux, la plaine marécageuse et les trous d'obus contenaient de l'eau. Tous se jetèrent sur cette eau pourtant pleine de vase… Le commandant Raynal fut conduit au Kronprinz : « Le Kronprinz est debout, il m'accueille avec une courtoisie très franche. Il n'est pas laid ; ce n'est pas le singe qu'on fait de lui les crayons qui l'ont caricaturé ; c'est un cavalier mince et souple, élégant et non sans grâce, qui n'a rien de la raideur boche. Le Kronprinz parle, il s'exprime avec facilité, dans un français assez pur. Il reconnaît et vante comme il sied la ténacité de nos hommes, leur admirable vaillance. « Admirable » : il répète plusieurs fois ce mot. Le Kronprinz me remet la copie du message par lequel notre général en chef envoyait ses félicitations au Fort de Vaux. Maintenant l'héritier du Kaiser arrive au geste noble :
- Désireux d'honorer votre vaillance, mon commandant, j'ai fait rechercher votre épée que je me dois de vous rendre ; malheureusement, on n'a pu la retrouver… Et pour cause, suis-je tenté de glisser : je n'ai eu pour toute arme personnelle que ma canne de blessé et mon revolver.
Il poursuit, en me présentant le coupe-choux d'un sapeur du génie :
- Je n'ai pu me procurer que cette arme modeste d'un simple soldat, et je vous prie de l'accepter.
Mon premier mouvement est de me hérisser ; mais le Kronprinz ne se moque pas de moi, c'est très sérieusement qu'il accomplit son geste, et comme l'effet ne lui en échappe pas, il insiste sur l'intention qui donne à ce geste sa véritable portée :
- L'arme est modeste, mais glorieuse, mon commandant, et j'y vois, comme dans l'épée la plus fière, le symbole de la valeur française…
Je ne peux plus refuser :
- Ainsi présenté, j'accepte cette arme et remercie Votre Altesse de l'hommage qu'elle rend à la grandeur de mes humbles camarades.
C'est tout, je salue militairement et m'en vais en emportant mon coupe-choux. Nous n'avons pas fait cent mètres que :
- Herr major, Son Altesse Impérial vous prie de revenir.
Je regagne le quartier général du Kronprinz. Comme je pénètre dans le bureau par une porte, il sort d'une autre pièce et vient à moi, tout épanoui : il tient une épée à deux mains, un sabre-épée d'officier français :
- J'ai trouvé, mon commandant. Je vous prie d'accepter cette arme plus digne de vous, en échange de celle que je vous ai offerte, à défaut d'une autre. »

Source : Jean Pierre Tubergue, Les 300 jours de Verdun.

24 juin 1916
Nouvelle offensive allemande à Verdun. 


Témoignage Fourmond, cannonier-servant, 115e batterie, 44e R.A.C

« Dans la nuit du 23 au 24, nous eûmes à subir un assaut formidable. À la pointe du jour apparurent, sur la crête venant du ravin de la dame, des masses indécises que nous prîmes d’abord pour des nôtres car ce ravin, la veille encore était occupé par nous, mais il avait changé de maître ; par un pilonnage d’artillerie formidable, les Allemands avaient tout détruit et s’étaient ensuite avancés, ne rencontrant devant eux que des morts et des mourants. Aussitôt nous pointons nos pièces tandis que trois mitrailleuses sur notre droite se préparent à repousser l’attaque. Nous commençâmes à tirer à moins de 300 mètres, l’élan des Allemands s’arrêta. Une deuxième vague, puis une troisième, puis une quatrième déferlèrent successivement sur nous et sans plus de chances. Une centaine de Français avec quatre mortiers et trois mitrailleuses arrêtèrent net l’attaque de milliers d’Allemands qui s’élançaient à l’assaut à l’arme blanche et sans tirer un coup de fusil. »

Source : Laurent Loiseau et Géraud Bénech, Carnets de Verdun.

Début de la préparation d’artillerie sur la Somme. Les alliés ont préparé la destruction des lignes allemandes. Ils ont concentré sur la Somme 4000 pièces d’artillerie qui vont bombarder les lignes allemandes pendant une semaine.

1- 13 juillet 1916
Offensive alliée dans la Somme mais comme à Verdun la défense l’emporte sur l’attaque. Les Allemands sont puissamment retranchés dans des abris profonds et bétonnés qui résistent à l’artillerie. Le 1er juillet, lorsque l'infanterie alliée, principalement britannique, engage la bataille, elle se heurte à une défense presque intacte. C’est un massacre. Les mitrailleuses allemandes fauchent les jeunes Tommies au soir du premier jour de la bataille, 57 400  soldats britanniques sont mis hors de combat. Le 1er juillet 1916 est le jour le plus meurtrier de toute l'Histoire militaire britannique. 

Falkenhayn dit : « Dès le soir du 2e jour de la bataille, il avait été tout à fait sûr que la percée projetée par les Anglais et les Français ne réussirait pas. » 

Source : Jean Pierre Tubergue, Les 300 jours de Verdun.

Mais le général Haig, qui commande les armées britanniques, n’abandonne pas ses plans malgré le niveau des pertes du 1er juillet. Les Britanniques progressent lentement, et perdent beaucoup d’hommes.

11 juillet 1916
Les Allemands lancent l’attaque sur l’axe Fleury/Souville. C’est un échec, les français résistent. L'attaque allemande du 11 juillet marque la dernière tentative, le dernier espoir de « percer » les positions françaises pour le commandement Allemand. 

Témoignage du docteur Léon Baros, aide-major au 217e R.I. : «  Des prisonniers boches défilent devant nous ; quelques-uns, blessés, sont pansés par nous au passage. Ils ont faim, ils ont soif, leurs traits sont tirés et leurs vêtements boueux en lambeaux. Ils réclament à boire et à manger. Et nos poilus qui viennent de subir tant de mal par eux, leur offrent du pain, du chocolat, de l'eau et oublient toute rancœur, dans un grand élan de générosité. Les blessés boches que nous pansons pleurent et nous offrent tout ce qu'ils possèdent : leur couteau de poche, des cigares, des boîtes d'allumettes. »

Source : Laurent Loiseau et Géraud Bénech, Carnets de Verdun.

Du côté français, personne ne se réjouit pour autant. Il faut seulement continuer à tenir. Le général Pétain écrit :

«  Le rayonnement de notre prodigieuse résistance dépassait le cadre du pays et l'espoir renaissait partout dans les camps de la coalition. Que ne pourraient faire, pensait-on, les Alliés réunis, quand la France, seule, obtenait de tels résultats ? Des adresses laudatives ne cessaient d'arriver à Chantilly, des capitales et des quartiers généraux des pays amis. L'Angleterre, la première, s'associait à notre satisfaction… Le général Cadorna, en visite sur le front français, admirait «  la sereine ténacité de nos troupes ».. Les députés d'Italie acclamaient l'armée française, affirmant que celle-ci venait de sauver l'Europe. Le Prince Alexandre de Serbie, après avoir vu le champ de bataille de Verdun, faisait part de son enthousiasme au Conseil des ministres. Notre ambassadeur à Pétersbourg recevait, de nos grands alliés de l'est, les témoignages d'admiration les plus touchants et la promesse d'une prochaine et très active collaboration. »

Source : Maréchal Pétain, La bataille de Verdun.

13 juillet-15 août  1916
À Verdun, l’armée française commence la reconquête du terrain perdu. Le carnage continue.

Témoignage d‘Etienne-Justin Raynal, sergent mitrailleur au 81e R.I. : «  De nombreux blessés se massent près de la redoute de l'ouvrage de Thiaumont croyant y être plus en sûreté et se font tuer là par les obus. Près d'un blessé qui vient dans notre direction tombe un gros obus. Un cadavre en décomposition est soulevé par l'explosion à plusieurs mètres de hauteur et, en retombant, s'écrase sur le blessé. Le malheureux vient vers nous en courant. Il est tout couvert de débris humains et dégage une odeur insupportable. Nous lui crions d'aller au poste de secours, car nous n'avons rien pour le soigner. Il passe devant nous, en hurlant et s'en va au hasard ; il a sans doute perdu la raison. Quelques instants après, un jeune approvisionneur de notre compagnie saisit une hache et s'en va dans la direction des Allemands en criant : « Je veux tuer des Boches, il faut que je tue des Boches. » Le malheureux avait lui aussi perdu la raison. »

Source : Laurent Loiseau et Géraud Bénech, Carnets de Verdun.

Témoignage de Marcel PIC, soldat au 143e R.I. : «  Pendant 5 jours et 5 nuits, surtout le 14 et 15, ce fût un enfer terrible de bombardement, nous étions écrasés par les obus. Personne ne bougeait ; on attendait la mort, avec la soif, la faim, et 10 centimètres d'épaisseur de mouches que nous avions dessus. Nous avions assez de travail, avec le bout de la baïonnette, pour rejeter les morceaux de cadavres qui nous recouvraient chaque fois qu'un obus tombait tout près. »

Source : Laurent Loiseau et Géraud Bénech, Carnets de Verdun.

Témoignage de Roger COLLOT, caporal-mitrailleur au 143e R.I. : «  La nuit venue, je quitte ma pièce pour aller aux ordres à l'autre pièce où se trouve le lieutenant. Spectacle horrible : un obus leur est tombé dessus et je n'entends que des cris et des gémissements ; tous mes camarades sont tués ou blessés ; l'ordonnance du lieutenant a les bras arrachés ; le tireur, les jambes hachées ; ils ne cessent de demander du secours ; hélas ! Je ne peux rien faire pour eux ; leurs blessures sont trop graves. »

Source : Laurent Loiseau et Géraud Bénech, Carnets de Verdun.

Témoignage du caporal BASTELICA du 4e R.M.Z.T. : «  Le 15 août, le 6e bataillon de tirailleurs est en deuxième ligne en arrière de Froideterre. Du ravin des Vignes nous arrive une épouvantable odeur de charogne que nous avions déjà respirée à Avocourt et à 304. Nous la portons bientôt sur nous. Tout ce que nous touchons, le pain que nous mangeons, l'eau boueuse que nous buvons, sentent la pourriture. C'est que la terre aux alentours est littéralement truffée de cadavres... De temps à autre, un gros noir tombe sur un cadavre et en éparpille les morceaux dans toutes les directions. »

Source : Laurent Loiseau et Géraud Bénech, Carnets de Verdun.

28-29 août 1916
Falkenhayn est relevé de son commandement. Le front de Verdun cesse d’être une priorité pour le haut commandement allemand.
Hindenburg est nommé à la tête de l’armée allemande à la place de Falkenhayn. Le choix impérial est-il le bon ? Falkenhayn fait les frais de tous les revers de 1916, qu’il en ait été directement responsable ou non. Surtout, en le remplaçant, l’Empereur donne satisfaction à une opinion publique qui gronde et qui a fait de Falkenhayn un « Kindermörder » (« un assassin d’enfants »). Falkenhayn est désigné comme responsable de l’hécatombe des jeunes Allemands devant Verdun. Enfin, Hindenburg, même s’il n’est pas un génie militaire, rassure la population par son aplomb, sa stature et ses succès remportés depuis 1914 sur le front oriental. Comme l’écrit un journaliste allemand le 30 août, « maintenant nous pouvons nous féliciter d’avoir comme commandant en chef de l’armée allemande notre héros national ». 

Hindenburg, nouveau commandant en chef, déclare :

 « L’image que je m’étais faite de ce qui se passait à Verdun et sur la Somme pris à mes yeux les couleurs les plus sombres. Sur la Somme il nous était plus facile de satisfaire aux demandes par la suite de l’arrêt de l’attaque sur Verdun. Il fallait cependant que nous continuions à escompter là-bas une grande consommation de forces : il était possible que les Français attaquassent eux-mêmes à partir du camp retranché. Verdun devenait comme un ulcère toujours plus ouvert qui dévorait nos forces… »

 Source : Paul Jankowski, Verdun, Gallimard.

13 septembre 1916
Raymond Poincaré remet la Légion d’Honneur à la ville de Verdun.


24 octobre 1916
Reprise du Fort de Douaumont par les Français.

Nivelle et Pétain, commandants respectivement la 2e Armée, et le Groupe d’armée Centre (GAC), se concertent. Il faut reprendre Vaux et Douaumont. La mission est confiée une nouvelle fois à Mangin. Il dispose pour la remplir, de six divisions, 290 pièces d’artillerie de campagne et 300 d’artillerie lourde.

Les divisions retenues sont la 38e DI du général Guyot de Salins qui doit reprendre Douaumont, la 133e DI dite La Gauloise du général Passaga qui doit conquérir tout le terrain entre Vaux et Douaumont, et enfin la 74e DI du général de Lardemelle qui doit emporter le Fort de Vaux. La mission particulière de prise du Fort de Douaumont est confiée au régiment d’infanterie coloniale du Maroc (RICM) commandé par le colonel Régnier. En deuxième ligne, les 7e, 9e et 63e DI sont gardées en réserve.

Les 3 divisions d’assaut sont aussitôt regroupées entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier. Le RICM installe ses quartiers à Stainville. La préparation de l’offensive et l’entraînement des unités durent un mois. Rien ne doit être laissé au hasard. Sous le commandement énergique de son chef, le RICM prépare chaque détail. De façon à orchestrer au mieux le mouvement des bataillons, des compagnies et des sections, on recrée, grandeur nature, un plan du fort. Chaque élément y découvre son rôle, sa place. Les liaisons entre l’infanterie et l’artillerie sont soigneusement mises au point. Le 11 octobre, le Plan d’Engagement de la 38e Division est prêt. Le colonel Régnier reçoit ses ordres définitifs. Le RICM peut faire mouvement vers la Citadelle de Verdun.

2 novembre 1916
Reprise du Fort de Vaux par les Français, sans aucun combat.

Témoignage de J. CARAFRAY, brancardier au 118e R.I. : «  Le 2 novembre 1916, mon équipe est commandée pour aller ramasser les blessés à la redoute de Vaux devant le fort. Quel triste spectacle ! Les trous d'obus sont si rapprochés qu'ils se touchent. Dans chaque trou, un ou plusieurs cadavres, les uns sur le dos, les autres sur le ventre. Quelques-uns fauchés dans une charge à la baïonnette ont encore les mains crispées sur la crosse de leur fusil. D'autres ont été assommés à leur poste de mitrailleur. Partout des débris humains, des membres déchiquetés. De la tranchée à demi nivelée que nous suivons, sortent de-ci, de-là, un bras, une jambe, une tête. Dans les Carrières de Vaux, nous dit l'aumônier qui est descendu hier, c'est pis encore. Là, les cadavres sont entassés par monceaux. »

Source : Laurent Loiseau et Géraud Bénech, Carnets de Verdun.

12 décembre 1916
Le Général Nivelle est nommé commandant en chef des armées à la place de Joffre. Une vaste opération française est lancée pour dégager la rive droite de la Meuse. Le général Mangin décide de lancer la préparation d'artillerie après un repérage aérien. Les positions allemandes sont écrasées sous le pilonnage massif français. Le 15 décembre à 10h, les fantassins français sortent des tranchées et attaquent les positions ennemies. La 126e DI charge avec élan et détermination. Les combattants français gravissent les pentes de l’éminence et chassent la garnison allemande de son sommet. Des centaines de soldats allemands sont faits prisonniers. Le village de Vacherauville est également nettoyé. Les objectifs de la 126e DI sont atteints rapidement. De son côté, la 38e DI connaît une résistance entre la Côte-du-Poivre et le bois d'Haudromont. Les mitrailleuses allemandes arrosent d'un feu nourri les vagues françaises. Après une attaque violente et meurtrière, la 38e DI parvient à assiéger les positions ennemies. Les côtes 342 et 378 ainsi que le village de Louvemont sont repris. Pour leur participation à ce haut fait, les hommes du colonel Bizard, commandant du 173e RI, décrochent une élogieuse citation à l’ordre de l’armée : « Sous le commandement du colonel Bizard, les hommes du 173e RI ont atteint le sommet de la Côte-du-Poivre (côte 342), fortement organisés et tenus par l'ennemi, puis ils ont poursuivi leur marche en avant, nettoyant les abris, détruisant onze canons, ramenant plus de 600 prisonniers et plusieurs mitrailleuses. »

18 décembre 1916
Le général Mangin proclame le « triomphe définitif » à Verdun.


20 août 1917
Début de la « deuxième bataille de Verdun », les français attaquent à gauche et à droite de la Meuse, sur un front de 18 kilomètres, C’est un succès, un mois plus tard l’armée française est revenue à ses anciennes lignes de 1916. Les tentatives allemandes du début d'octobre pour reprendre ces positions resteront infructueuses.

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