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Suzanne de Canson, L’héritière dépouillée

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Le point sur l'affaire de Dominique Rizet
Suzanne de Canson, l'héritière dépouillée

Article du Canard enchaîné qui bouscule l'affaire...

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Suzanne de Canson, L’héritière dépouillée

L'affaire Suzanne de Canson

Suzanne Barou de la Lombardière de Canson : l’héritière du fameux papier à dessin "Canson". Une femme très riche, qui menait grand train, forte des toiles de maîtres, et des oeuvres d’art que son père lui avait léguées. De palace en palace, de la Côte d’Azur aux rives du lac Léman, elle vivait de ses rentes, gageant ou vendant ses biens, au gré de ses besoins. Mais un jour, Le Gentilhomme sévillan de Murillo, l’un des fleurons de sa collection, s’est retrouvé au catalogue du plus célèbre marchand d’art londonien, et le tableau est entré au Louvre…

 

Une opération que Suzanne Barou de la Lombardière n’aurait jamais autorisée de son vivant. C’est ce qui a alerté l’un de ses amis. De fait, la vieille dame ne risquait pas de vendre son tableau : elle était morte ! Affamée et maltraitée, par une ex Miss Toulon qui lui volait peu à peu toutes ses oeuvres.

 

Quand Jeanne Deschamps apprend la mort de sa soeur, Suzanne Barou de la Lombardière de Canson, celle-ci est déjà incinérée depuis plusieurs mois. L’antiquaire suisse, qui l’appelle pour lui annoncer cette mauvaise nouvelle, était un ami de Suzanne. Et il l’alerte car selon lui, quelque chose ne tourne pas rond : Suzanne est morte de la gangrène. Une maladie rarissime en 1987... et le Louvre vient d’acquérir Le Gentilhomme sévillan de Murillo.

 

Une toile que Suzanne refusait de céder au prestigieux musée. Que s’est-il passé pendant les derniers mois de la vie de Suzanne ? Jeanne Deschamps consulte un avocat qui dépose tout de suite plainte pour vol et non-assistance à personne en danger. Les gendarmes d’Aix-en-Provence sont saisis. Et petit à petit, l’enquête de routine gagne de l’épaisseur. L’antiquaire suisse leur explique que madame de Canson était passée le voir peu de temps avant sa mort. Elle était accompagnée d’une femme, artiste peintre, Joëlle Pesnel, et d’un avocat toulonnais, Me Boissonnet.

 

Deux personnes qui avaient fait fort mauvaise impression à l’antiquaire. C’est sous leur influence que madame de Canson semblait avoir décidé de lui retirer les toiles alors qu’elle l’avait auparavant chargé de vendre. Parmi elles, Le Gentilhomme sévillan. Et quand, un an plus tard, Louis Cellotti a reconnu le Murillo dans le catalogue de Christie’s, il n’en a pas cru ses yeux. Le tableau n’appartenait plus à Suzanne, mais à une certaine Jeanne Chappuis, décédée à Genève en 1979. Le catalogue Christies estimait le tableau à 10 millions de francs. Mais curieusement, le marchand d’art a renoncé à la vente et cédé l’oeuvre au Louvre à moitié prix…

 

Les enquêteurs découvrent que Jeanne Chappuis, la vendeuse "officielle", n’est autre que la grand-mère de Joëlle Pesnel, la dame de compagnie de madame de Canson. Une ex miss Toulon, qui signe ses toiles sous le nom de Candice Kandy ! Une femme dont personne, dans l’entourage de Suzanne, n’a jamais entendu parler…

 

Pour les gendarmes, aucun doute, la succession Chappuis a été créée pour spolier la vielle dame. Reste à le prouver. Ils s’intéressent donc à cette Joëlle Pesnel et découvrent qu’en 1985, elle a vécu plusieurs mois au Grand Hôtel de Toulon avec madame de Canson. A partir de cette date, Suzanne n’a plus donné signe de vie à ses proches et son état n’a cessé de se dégrader. D’ordinaire assez coquette, elle apparaissait alors négligée, amaigrie.

 

Jusque là intraitable en affaires, elle était devenue craintive et se reposait aveuglément sur sa dame de compagnie et son conseil, Me Boissonnet. Au personnel du Grand Hôtel, Suzanne a confié que madame Pesnel "lui faisait des misères". Mais à l’époque, personne n’a pris au sérieux les élucubrations d’une vieille dame.

 

Du coup, sa mort, quelques mois plus tard dans la villa de Joëlle Pesnel et dans des conditions sanitaires étranges, trouble les enquêteurs. Ils perquisitionnent la maison, et placent Joëlle Pesnel en garde-à-vue, avant de l’écrouer pour vol, faux et usage de faux ainsi que non-assistance à personne en danger. Les aide-ménagères, qui ont travaillé chez Joëlle Pesnel, décrivent en effet des scènes de vie épouvantables : Suzanne de Canson séquestrée dans une chambre avec un simple matelas.

 

Une femme que Joëlle Pesnel lavait au détergeant. Squelettique, affamée, il arrivait à la vieille dame de manger ses excréments ! Mais les services sociaux n’ont rien vu. Décrite comme une manipulatrice, faussaire à ses heures perdues, Joëlle Pesnel, qui prétendait s’occuper d’une vieille tante à la rue, a bluffé tout le monde. Son tempérament de feu suscitait autant de crainte que de sympathie. Pour autant, les enquêteurs ne croient pas qu’elle ait pu monter cette captation d’héritage toute seule. Me Boissonnet est lui aussi inculpé pour non-assistance à personne en danger. Et le témoignage d’une ancienne secrétaire les met sur une nouvelle piste. Celle d’un ténor du barreau, spécialiste des successions prestigieuses, Maître Paul Lombard. L’avocat est soupçonné de complicité de recel, et usage de faux en écritures. Dans la foulée, la justice inculpe aussi Pierre Rosenberg, conservateur au musée du Louvre, pour complicité de recel.

 

L’affaire prend alors une dimension nationale. Les médias s’emparent de l’histoire. Le Canard enchaîné s’interroge : "Un avocat du calibre de Me Lombard pouvait-il ignorer que la succession Chappuis n’était qu’un grossier montage ?" La justice tranche finalement en faveur de l’avocat et de sa collaboratrice qui bénéficient d’un non-lieu. Tout comme Pierre Rosenberg, le conservateur du Louvre. Mais Joëlle Pesnel et Robert Boissonnet, eux, n’échappent pas à la condamnation. La dame de compagnie est accusée de vol, faux en écriture, extorsion de signatures et séquestration. L’avocat, de faux, escroquerie et non assistance à personne en danger. Ils comparaissent en octobre 1991 devant les assises du Var à Draguignan.

 

Elle prend 13 ans de réclusion criminelle. Me Boissonnet écope de 4 ans dont un avec sursis. Quant au Gentilhomme sévillan, il est toujours exposé au Musée du Louvre. 1er étage. Salle 26.

 

Intervenants

Jean-Pierre Bernard, juge d’instruction, TGI de Toulon
Me Francis Szpiner, avocat de la famille Deschamps
Me Paul Lombard
Me Edgar Vincensini, avocat de la famille Deschamps
Marie-Françoise Krieger, amie de Suzanne de Canson
Major Jean-Louis Bertrand, directeur d’enquête, section de recherches d’Aix-en-Provence
Richard Krieger, ami de Suzanne de Canson
Rose, femme de chambre, Grand Hôtel de Toulon
Josiane, aideménagère de Joëlle Pesnel
Christine, amie de Joëlle Pesnel
Me Jean-Claude Guidicelli, avocat de Joëlle Pesnel
Me Hervé Andréani, avocat de Joëlle Pesnel
Joëlle Castro, secrétaire de Joëlle Pesnel
Pierre Rancé, journaliste, La Cinq
Jean-Pierre Bonicco, journaliste, Var Matin
Jacques Bertolotti, journaliste, France 3 Marseille
Pierre Cortès, substitut du procureur, TGI de Toulon
Dominique Rizet, journaliste.

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