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Les « Méditerranéennes »

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Les « Méditerranéennes »

Tunisie : Emel Mathlouthi, Sana Ben Achour, Amira Chebli, Yamina Thabet et Faouzia Zouari.
Egypte : Shahinaz Abdel Salam, Pakinam Badr, Fatma Naoot, Farida El Nakash, Samira Ebrahim, Sama Al Masry.
Maroc : Aicha Ech’Channa, Leïla Ghandi, Majida Khattari.
Espagne : Ada Colau.
Israël : Daphni Leef, Asma Aghbarieh.
Italie : Lorella Zanardo.

Avec ses chants comme arme de résistance, Emel Mathlouthi, artiste, a encouragé les révolutionnaires tunisiens à faire face à la répression. Dès 2005 alors qu’ils n’étaient qu’une vingtaine,

Shahinaz Abdel Salam, ingénieure, était l’une des premières à manifester place Tahrir; elle fait partie de ces activistes du net qui ont réussi à convaincre leurs compatriotes de dépasser leurs peurs pour aller occuper la place publique. Ces militantes trouvent un écho dans le mouvement des Indignés, avec une même réflexion critique sur le leadership politique et sur la capacité des citoyens à se gouverner eux-mêmes.

A Barcelone, Ada Colau, cadre associatif, s’oppose aux expulsions des propriétaires victimes de la crise des hypothèques. Avec son association, elle vient de convaincre le Parlement d’étudier la remise à plat du système des prêts bancaires suite à la pétition signée par près de 1,5 million d’Espagnols.

A Tel-Aviv, c’est Daphni Leef, monteuse de films, sans logement, qui, en plantant sa tente en plein centre-ville, déclencha « la révolte des tentes », un mouvement inédit de contestation sociale qui rassembla plus de 400 000 Israëliens, dépassant toute question d’appartenance politique ou religieuse. Des citoyennes en mouvement rattrapées par leurs conditions de femmes, et mobilisées contre toutes les formes de violences physiques et sociales.

Au Maroc, les relations sexuelles hors mariage sont tabous, les femmes en sont jugées responsables et coupables, passibles de prison même si la loi est rarement appliquée. Les mères célibataires sont marginalisées et se résignent la plupart du temps à abandonner leurs enfants.
Aicha Ech’Channa, accompagne avec son association Solidarité féminine ces mères et leurs enfants : ces « bâtards » qui souffriront toute leur vie de leur origine tant sur le plan social que juridique. Avec son franc-parler, Aicha sonne plus que jamais l’alarme sur cette tragique réalité.

En Israël, 80% des femmes appartenant à l’importante minorité arabe n’ont pas d’activité professionnelle salariée. Pour Asma Agbarieh, syndicaliste, la première bataille est celle du travail, la clef du changement du statut social de la femme. Elle accompagne ces femmes dans la recherche d’un emploi et parfois même, les aide, à en convaincre au préalable leurs maris.

83% des Égyptiennes ont été victimes au moins une fois de harcèlement sexuel. Avec son association Basma (« empreinte ») l’architecte Pakinam Badr entend bien contrarier cette pratique dramatiquement courante en multipliant les campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux, dans les médias, la rue ou les stations de métro.

Toujours en Egypte, Samira Ebrahim, sans emploi aujourd’hui, fut la première à porter plainte contre l’armée qui lui avait imposé un test de virginité comme à de nombreuses autres manifestantes. Devenue une icône dans son pays, comme en témoignent les graffitis sur les murs du Caire, Samira ose rester rebelle et proclame qu’elle ôtera son voile le jour où on l'obligera à le porter.

Ce voile que questionne Majida Khattari dans ses performances haute couture, des défilés qui dénoncent l’oppression et l’ambiguïté vis à vis du corps de la femme. Femmes voilées ou non voilées, leurs corps couverts, recouverts ou découverts.

Ce corps nu paraît être un véritable baromètre de la liberté au sein de la société comme l’a démontré l’exil contraint de la jeune Egyptienne Aliaa El Maahdy en Suède, suite à la publication sur son blog de son autoportrait vu des millions de fois. Une photo en noir et blanc à l’exception de deux touches rouges, ses ballerines et une fleur dans les cheveux, qui la représente nue, le regard braqué sur nous, pour nous interpeller. Les avis de nos Méditerranéennes divergent sur ce geste artistique et politique, entre enthousiasme et soutien, hostilité ou réprobation.

Toutes réclament néanmoins le droit au respect de leur corps, symbole de leur rôle et de leur statut, comme la documentariste italienne Lorella Zanardo. Par ses films et les actions de pédagogie à l’image qu’elle initie dans les écoles, elle combat l’instrumentalisation du corps féminin par la télévision italienne, cette fabrication médiatique de créatures botoxées et décervelées au détriment des « vraies » femmes totalement disparues des écrans.

C’est aussi autour des représentations que s’articule l’engagement d’Amira Chebli et Leïla Ghandi. Toutes deux souhaitent incarner au quotidien une « autre » femme arabe, libre, autonome, sortie des murs de son intérieur.
La première a dû franchir bien des obstacles pour être acceptée comme danseuse ; à travers son premier rôle dans un feuilleton à succès, elle a voulu donner à voir l’image d’une femme tunisienne militante, loin des clichés véhiculés au sein de son pays.
La deuxième, globe trotteuse invétérée, cherche à travers sa série documentaire mensuelle à ouvrir ses compatriotes au dialogue avec le monde ; par le biais d’autres projets photographiques, elle veut diffuser, contre des approches plus monolithiques et dangereuses, une vision riche et nuancée de ce que sont les Marocaines, telles ces boxeuses issues des milieux populaires qu’elle nous présente. Au sein de ces sociétés patriarcales, chacune de ces femmes porte en elle un combat et un espoir.

Elles sont la mémoire et l’avenir d’une Méditerranée ouverte sur le monde, à l’instar de Faouzia Zouari, qui prône à travers ses écrits un féminisme méditerranéen, dont l'objectif ultime serait de voir ressurgir une Méditerranée cosmopolite, tolérante, politique et pacifique.
Nos Méditerranéennes seraient-elles les premières bâtisseuses de cet espace ? Une pluralité de portraits qui compose une mosaïque singulière et humaniste pour un film engagé et engageant sur ces forces en mouvement, sur ces femmes citoyennes

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