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Notes d'intention

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Notes d'intention

Note d’intention de Serge Moati :

Un mur de photos.
Des femmes, innombrables, posent face à l’objectif, une pancarte à la main :
« Je soutiens les luttes des femmes de Méditerranée… ». Elles sont voilées, non voilées, chrétiennes, musulmanes, juives ou athées, différentes, tellement différentes, et pourtant unies, au-delà des frontières, par une même bataille, pour la reconnaissance de leurs droits, de femmes comme de citoyennes. C’est de leurs combats qu’il s’agit ici, mille et un combats de ces remarquables femmes méditerranéennes rencontrées.

Il y a Emel dont les chants ont galvanisé les révolutionnaires, Shahinaz, la blogueuse qui s’insurgeait contre Moubarak dès 2005, Ada, l’égérie des Indignés espagnols et Daphni aussi, l’initiatrice de la révolution des tentes en Israël… Ces deux dernières années, sur les rivages de notre « Mare nostrum », elles se sont dressées et ont manifesté pour la liberté et l’égalité, allumant des étincelles qui ont embrasé toute une partie de la Méditerranée. Partout - en Tunisie, en Egypte, en Israël, en Grèce, en Espagne – ce sont les femmes, oui, qui ont été au premier rang des luttes, pour elles et pour leur peuple.

Et puis une photo est apparue sur internet, et a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans toute la Méditerranée. Un autoportrait nu d’Aliaa El Maady, comme un manifeste contre un corps féminin caché, enfermé; comme une révolution dans la révolution: celle des femmes. Une photo renvoyant dos à dos deux modèles, transmis sans relâche de mère en fille, de média en média, des clips libanais aux télévisions berlusconiennes : celui de la bimbo dénudée Vs celui de la mère chaste et souvent voilée. Qu’elles soient réalisatrices, photographes, plasticiennes, danseuses, d’Italie au Maroc, de France en Tunisie, des artistes s’insurgent contre ces représentations figées, et en créent d’autres, les leurs. Comme un appel à sortir des carcans, comme un appel à la liberté et à enfin assumer une identité de femme complexe et multiple. Loin de la honte de ce corps féminin, que beaucoup de Méditerranéennes ressentent…

Ce corps, il est régulièrement maltraité, brisé, violé. Harcèlement en Egypte, viols sordides commis partout et parfois même utilisés comme arme politique pour briser les militantes, la violence contre les femmes se déchaîne. Mais partout aussi, la résistance s’organise, comme en Egypte où la jeune musulmane Samira Ebrahim, après avoir été arrêtée lors d’une manifestation et avoir subi un test de virginité de la part de l’armée osa, fait inédit, porter plainte et gagna son procès. Cette violence, elle prend aussi d’autres formes, sociales. Au Maroc, Aïcha Ech Channa milite depuis 50 ans contre l’exclusion, totale, des mères célibataires et de leurs enfants, de leurs “bâtards”…quand en Israël, Asma Aghbarieh tente de permettre aux femmes appartenant à l’importante minorité arabe du pays d’accéder au travail, alors que 80% d’entre elles en sont exclues. Pour elle, pour elles, pas d’émancipation possible, vis à vis des hommes comme des traditions, sans autonomie financière…

Tous ces combats prennent aujourd’hui encore plus d’ampleur: alors que les nationalistes orthodoxes ont rejoint le gouvernement de Benjamin Netanyahu, que des gouvernements conservateurs prennent le pouvoir sur toutes les rives, les islamistes ont été élus dans les pays du printemps arabe. Et très vite, les politiques anti-femmes se sont multipliées… Mais le combat continue! Malgré les risques et les menaces, toutes ces militantes, ces “femmes courage” n’ont pas fini d’en découdre: plus que jamais, la Méditerranée a besoin d’elles…

Sur la Méditerranée, matrice de notre civilisation, souffle à nouveau le vent de l’Histoire. Ce film repose sur cette conviction: ce qui se joue en ce moment pour les femmes des deux rives peut être décisif pour l’avenir de ces pays, pour l’avenir des femmes, et, oui, voire même, peut-être, pour l’avenir du monde…

Serge MOATI

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