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Publié le 30/09 à 14:07
La revanche du tramway
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Le tramway contre les lobbies
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Dans les années 30, l'auto chasse le tramway. Les lobbies, notamment celui de la voiture, n'y sont pas pour rien...
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| "L'ennemi du peuple"
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Dans les années 20, l’automobile commence à se banaliser. « La circulation n’est guère organisée et on assiste aux premiers bouchons dans Paris, notamment place du Châtelet, à l’Opéra et autour des gares », raconte Thierry Assa. Des voix se font entendre pour protester contre cette situation et accuser les tramways d’entraver la circulation. Il s’agit souvent de personnes aisées qui ont les moyens de se payer une voiture individuelle. Et qui, à n’en pas douter, ont les moyens de se faire entendre...
Ces voix sont relayées par de puissantes campagnes de presse qu’orchestrent les journaux « L’Intransigeant » et « Paris-Soir ». Campagnes qui demandent ni plus ni moins la suppression du tram. Celui-ci est carrément qualifié d’« ennemi du peuple » qui « arrête la circulation »... Diabolisée, ce mode de transport est ringardisé face aux véhicules à moteur parés de toutes les vertus du modernisme. On insiste sur les défauts de ce « tortillard brinquebalant, ferraillant, lent, avec ses rails glissants et dangereux » (« Le Monde »). On exige son remplacement par des autobus, présentés comme plus souples et moins encombrants. Sans se soucier outre mesure de l’avis des usagers du tram…
Dans les coulisses agissent une industrie (Renault, Panhard, Citroën…) et un lobby automobiles « plus forts en France que dans d’autre pays », selon le président de l’actuel Groupement des autorités responsables de transport (GART), Jacques Auxiette. Des groupes de pression particulièrement efficaces, entraînés notamment par Louis Renault.
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| Au nom du progrès
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La campagne anti-tram va prendre de l’ampleur. Et les pressions vont s’accentuer sur la STCRP pour qu’elle supprime son réseau. « Au départ, celle-ci manifeste sa réticence. Trois lignes vont d’abord être fermées dans le XVIe arrondissement », observe Thierry Assa, secrétaire général de l’Association du Musée des transports urbains, interurbains et ruraux (AMTUIR). Mais la compagnie fait de la résistance pour en fermer davantage. Car un tram transporte 100 personnes, un autobus 38 (receveur compris). « Renault va alors trouver la parade et proposer des véhicules pouvant accueillir 50 voyageurs », explique Thierry Assa.
En 1930, la décision est prise de supprimer les lignes dans Paris intra muros. En 1932, c’est au tour de la banlieue. En mars 1937, la dernière ligne est supprimée dans Paris. Et le 14 août 1938 circule le dernier tram de banlieue entre Le Raincy et Montfermeil. « Apparemment, il n’y a pas eu de critiques dans l’opinion », observe le responsable de l’AMTUIR. Une opinion bien conditionnée par la presse ?
Les décisions de suppression sont donc prises au nom du progrès. Mais selon un historien comme J.Payen (« Analyse historique de l’évolution des transports en commun dans la région parisienne », Centre de documentation de l’histoire des techniques, 1977), la STCRP présentait d’ « étonnantes imbrications financières » avec diverses entreprises très intéressées par le remplacement des tramways par des autobus. Ainsi son conseil d’administration comprenait de nombreux représentants des deux nouvelles industries de l’après-Première guerre mondiale : celles de l’automobile et du pétrole.
« On ne peut s’empêcher d’établir des liens assez troublants entre la forte représentation » de ces industriels au sein du conseil « et la brusque disparition des tramways au profit des autobus », écrit l’historien. « A plus d’un titre en effet, la suppression des tramways de banlieue est injustifiée et procède sans aucun doute de considérations totalement étrangères à l’intérêt public », ajoute-t-il. Surtout quand on se remémore l’ambitieux plan de modernisation lancé par la STCRP dix ans plus tôt…
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