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 Monde MEMOIRE
  Publié le 22/08 à 10:28

La libération d'Auschwitz

Les origines de l'antisémitisme nazi
L'antisémitisme nazi a su trouver en Allemagne un terrain favorable...
par Laurent RIBADEAU DUMAS
- Hitler quittant le congrès du parti nazi à Nuremberg en 1936  - AFP -
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L’antisémitisme devient doctrine officielle dès l’arrivée au pouvoir d’Hitler et de la national-sozialistische deutsche Arbeiterpartei (NSDAP), parti national-socialiste des ouvriers allemands, le 30 janvier 1933. Une doctrine explicitement exposée dans "Mein Kampf", bible du régime, écrite par le nouveau chancelier en 1924. L’ouvrage est notamment influencé par l’écrivain français Joseph Gobineau, auteur de l’ "Essai sur l’inégalité des races humaines" (1853-1855) et l’Allemand d’origine britannique Houston Stewart Chamberlain. Dans "Fondements du XIXe siècle", écrit en 1899, celui-ci expose une théorie raciste qui fait de lui un précurseur direct du national-socialisme.

Les théories antisémites du national-socialisme plongent donc loin dans l’histoire européenne et allemande. Elles reposent "sur la théorie d’une ‘supériorité de la race blanche’ destinée à régner en maître, qui s’était développée pour justifier le colonialisme" du Vieux continent, explique (l’excellent) site de la Maison de la Conférence de Wannsee (conférence organisée en 1941 pour lancer la "solution finale"). En Allemagne, "le mythe du 'sang aryen', d’une 'communauté nationale' allemande au-delà de tout antagonisme de classe, la prétention au rôle de guide de la politique mondiale, l’exigence d’un 'espace vital' à l’Est et l’élimination des juifs, toutes ces idées étaient déjà répandues au tournant du siècle", poursuit la même source. Les statuts de nombreuses associations contenaient une clause "aryenne" qui en excluait les israélites. Cela avant le 30 janvier 1933...

Les théories nazies sont notamment développées par Alfred Rosenberg (qui sera pendu en 1946 à l’issue du procès de Nuremberg) dans "Le mythe du XXe siècle" (1930) et "Sang et honneur" (1935-1936).

En 1933, le terrain intellectuel est donc prêt pour lancer les persécutions. Les premières arrestations de masse commencent dès le lendemain de l’incendie du Reichstag, très vraisemblablement fomenté par les nazis le 27 février 1933. Des arrestations qui touchent la communauté juive et tous les opposants au nouveau régime. Hitler en profite alors pour se faire donner les pleins pouvoirs. Le 1er avril interviennent les premiers appels au boycott des magasins tenus par des citoyens de confession israélite. Une date qui marque le début de leur éviction de l’économie allemande. Dans le même temps, les médias, pris en main par Goebbels, diffusent la propagande antisémite sur une échelle inconnue jusque là. "Der Stürmer", feuille de Julius Streicher, se distingue particulièrement dans l’immonde.

La ségrégation est organisée juridiquement en septembre 1935 avec les lois de Nuremberg. La "loi sur la protection du sang et de l’honneur allemands" interdit notamment les Mischehen (mot-à-mot mariages mixtes), unions entre juifs et non-juifs. Le texte déclenche une vague de dénonciations sans précédent. Rien qu’à Hambourg, 5000 personnes sont arrêtées et interrogées.

Dans la nuit du 9 novembre 1938, les nazis organisent la "nuit de cristal" (Kristallnacht): plusieurs centaines de magasins et de lieux d’habitation appartenant à des juifs, de synagogues, sont systématiquement détruits. "Cristal" en raison des bris de verre… A cette occasion, de nombreux citoyens israélites sont arrêtés et internés.