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 Monde MEMOIRE
  Publié le 22/08 à 10:28

La libération d'Auschwitz

La conférence de Wannsee
La décision politique de lancer la "solution finale" a été annoncée lors d'une conférence en janvier 1942
par Laurent RIBADEAU DUMAS
- Reinhard Heydrich, l'un des principaux responsables de la "solution finale", abattu à Prague par des partisans (1942) - AFP -
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Avant que la décision politique ne tombe, différents projets ont été élaborés. En 1939, un programme de "purification ethnique" prévoit d'expulser tous les juifs et Tziganes du Reich vers ses frontières orientales. Après la victoire sur la France est évoquée l'idée d'une déportation globale à Madagascar. Une idée abandonnée après l'échec de la bataille d'Angleterre.

Le 20 janvier 1942, Reinhard Heydrich, "père" de la Gestapo, réunit 15 hauts fonctionnaires dans une villa de Wannsee, un faubourg de Berlin, pour une "affaire secrète du Reich". But: préparer ni plus ni moins la "solution finale de la question juive en Europe" et mettre en place son organisation administrative et technique. "Solution finale" (Endlösung): un terme "typique de la stratégie de l'euphémisme et de la langue de bois SS", note "Le Monde". Il ne faut en aucun cas faire mention des assassinats de masse dans les documents officiels.

Par cette conférence, Heydrich entend montrer qu'il est le seul maître à bord après Hitler et Himmler, chef de tous les organes de répression. Il entend aussi "mouiller" les différentes branches du régime nazi, comme le révélera lors de son procès à Jérusalem en 1961 Eichmann, chef du Service de la question juive dans le Comité de sécurité du Reich, présent à Wannsee. Les responsables qui assistent à la réunion acceptent la décision prise et se déclarent prêts à coopérer à sa mise en oeuvre. Une mise en oeuvre qui implique la mise à mort d'une communauté de 9 à 11 millions d'âmes, selon les sources.

Le compte-rendu de la conférence, établi par Eichmann, ne laisse aucune ambiguïté. Il suffit de s'y référer.

Dans son discours d'ouverture, Heydrich explique que la "question juive ne doit plus se poser aux générations suivantes". "L'émigration a désormais cédé la place à une autre possibilité de solution: l'évacuation des juifs vers l'Est, solution adoptée avec l'accord du Führer. On ne saurait cependant considérer ces solutions que comme des palliatifs, mais nous mettons dès maintenant à profit nos expériences pratiques, si indispensables à la solution du problème juif. La solution finale du problème juif en Europe devra être appliquée à 11 millions de personnes", poursuit le dignitaire nazi. Bel exemple de langue de bois: "l'évacuation vers l'Est" (euphémisme pour déportation) n'est qu'un "palliatif". Conclusion logique: il faut aller plus loin. On constatera cette volonté de "mettre à profit nos expériences pratiques" récentes que sont l’euthanasie des malades mentaux et les gazages dans les premiers camps d’extermination (Chelmno, Belzec…)…

"Dans le cadre de la solution finale du problème, les juifs doivent être transférés sous bonne escorte à l'Est et y être affectés au service du travail. Formés en colonne de travail, les juifs valides, hommes d'un côté, femmes de l'autre, seront amenés dans ces territoires pour construire des routes. Il va sans dire qu'une grande partie d'entre eux [des juifs] s'éliminera tout naturellement par son état de déficience physique. Le résidu qui subsisterait en fin de compte - et qu'il faut considérer comme la partie la plus résistante - devra être traité en conséquence. En effet, l'expérience de l'Histoire a montré que, libérée, cette élite naturelle porte en germe les éléments d'une nouvelle renaissance juive". Tout le programme des camps est là: la "sélection" entre déportés valides (donc aptes au travail) et non valides (donc inaptes au travail), et le "traitement" des autres. En clair le gazage. 

Heydrich ne fait que préparer l'application d'une politique décidée au plus haut niveau de l'Etat. A la date du 27 mars 1942, donc quelques mois avant la conférence, le ministre de l'Information et de la Propagande, le très sinistre Joseph Goebbels, écrit: "Il ne restera pas grand-chose des juifs. Globalement, on peut dire qu'environ 60 % d'entre eux devront être liquidés alors que 40 % peuvent être utilisés pour le travail forcé". Voilà qui a le mérite de la clarté...

(Source des citations de Heydrich: "Brève histoire du génocide nazi", Léon Poliakov, Hachette)