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Burn out : le point de rupture

Émission du 22/06/2016

Sommaire

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    Burn out : le point de rupture

    Le burn out est un état dépressif lié au milieu professionnel. Derrière cette définition laconique se cache une réalité humaine douloureuse. Des hommes et des femmes touchés par ce fléau du XXIe siècle racontent. Olivier Delacroix a recueilli leurs témoignages.

    Loin des théories et des interprétations, Olivier Delacroix entre dans le vif du sujet et rencontre les personnes qui ont été touchées de près par le burn out. Au travers de leurs témoignages, il propose une radioscopie des environnements à fort potentiel pathogène qui les ont conduites au bord du gouffre, voire au-delà. 

    Le syndrome du bon élève
    Yonnel, ex-salarié de France Télécom ; Sophie ex-présidente de son agence de communication ; Paula, brigadière de police ayant frôlé le suicide et, enfin, Ilma, veuve de Nicolas, directeur de la communication à La Poste, qui a mis fin à ses jours le 25 février 2013 après plusieurs mois de surmenage. Tous ont en commun d’avoir été très déçus dans leurs idéaux professionnels. Ils étaient très investis dans leur travail, trop : « Si j’abandonne maintenant, j’ai tout perdu », avait confié Nicolas à sa femme.

    Les racines du mal
    Le surmenage professionnel est encore considéré en France comme une maladie de « looser ». Pourtant, 12 % de la population active se trouve en situation de burn out potentiel ou avéré, soit environ 3,2 millions de personnes, toutes catégories socioprofessionnelles confondues*.
    Le burn out n’est pas un syndrome nouveau. Dès 1974, il prend les contours d’une maladie grâce aux travaux du psychanalyste Herbert J. Freudenberger. Il décrit le syndrome comme une perte d’enthousiasme accompagnée de différents symptômes : fatigue, insomnie, maux de tête, troubles gastro-intestinaux. Il dit : « Les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Et sous la tension produite par un monde complexe, leurs ressources internes en viennent à se consumer, comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte. »

    Maladie professionnelle ?
    Mais aujourd’hui encore, lorsqu’on évoque un burn out, la définition qui suit reste bien souvent floue, et la frontière entre vie professionnelle et privée, très ténue. Est-ce vraiment une maladie ? S’agit-il d’une dépression liée exclusivement aux conditions de travail ou due également à la dégradation de la vie personnelle ? Les deux sphères étant de plus en plus perméables, il devient difficile d’évaluer les origines exactes du syndrome. Néanmoins, les témoignages confiés à Olivier Delacroix ne laissent aucun doute quant au poids du travail dans la responsabilité de l’effondrement psychologique.  

    Changer la loi
    Le 17 février 2016, le député de la 11e circonscription des Yvelines, Benoît Hamon, a déposé une proposition de loi visant à faire reconnaître le burn out comme une maladie professionnelle. Le burn out est « la conséquence d'un trop plein de travail et d'un trop plein de pression qui mènent des hommes et des femmes à l'effondrement ». Aujourd’hui, les conséquences d’une gestion du personnel délétère sont prises en charge par la collectivité, c’est-à-dire la sécurité sociale. Les chiffres avancés sont choquants : entre 2 à 3 milliards d’euros par an. Or, si le burn out est reconnu comme maladie professionnelle, la facture sera réglée par l’ATMP (la branche accident du travail – maladie professionnelle) financée à 97 % par les employeurs, dont le montant des cotisations est directement lié au niveau de sinistres dans leur entreprise. Plus une entreprise est pathogène, plus elle cotise et plus elle est amenée, logiquement, à modifier son organisation. Mais plutôt qu’une remise en question, certains secteurs ou groupes, déjà montrés du doigt, sont vent debout contre une telle loi.

    Work in progress
    Le député s'est d'ailleurs publiquement inquiété de certaines dispositions qui pourraient figurer dans le projet de loi El Khomri. Selon lui, « la facilitation des licenciements, l'élévation des seuils horaires hebdomadaires ou le déverrouillage de la protection des accords de branche » vont « insécuriser les salariés ».  
    Les voix s’élèvent, et la mort de Nicolas a été reconnue liée à 100 % à ses conditions de travail. Ilma continue la lutte et espère une jurisprudence pour que la mort de son mari serve à sauver des vies.

    Diane Ermel

     

     le point de rupture

     

    Les chiffres

    • 12 % de la population active en situation de risque élevé de burn out, soit 3,2 millions de personnes (3 personnes sur 10) ;
    • 2 salariés sur 10 (17%) ;
    • 30 % de récidive après un premier burn out ;
    • 2 à 3 milliards d’euros par an.

    Catégories socioprofessionnelles les plus touchées :

    • 26 % d'agriculteurs ;
    • 22 % d'artisans, commerçants, chefs d’entreprise ;
    • 20 % de cadres ;
    • 14 % de professions intermédiaires ;
    • 11 % d'employés ;
    • 8 % d'ouvriers.

    (Source : étude Technologia, mai 2014)

    Pour aller plus loin :

    • Aux confins de l’épuisement professionnel, Sophie Chassende, Editions Témoignage
    • Burn out et après – Comment le prévenir, comment se reconstruire, Aude Selly, Éditons Maxima.
    • Le Stress au travail, un enjeu de santé, Patrick Légeron, Éditions Odile Jacob

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