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 Monde
  Publié le 02/09 à 08:26

Quand la Louisiane était française

Il y a 200 ans, les USA prenaient possession de la Louisiane, jusque-là sous administration française
par Laurent Ribadeau Dumas

Sans avoir tiré un seul coup de feu, le tout nouvel Etat doublait du jour au lendemain son territoire, en achetant la colonie pour 15 millions de dollars.

Dans le même temps, la France, gouvernée par Bonaparte, tout à ses rêves de grandeur, préférait se recentrer sur le vieux continent, en évitant de disperser ses forces par delà les mers...
La Louisiane change de maître...
- Archives du Ministère des Affaires étrangères, Paris -

Bonaparte était avant tout un réaliste. Il savait le président américain, Thomas Jefferson, désireux d'acquérir le port de la Nouvelle-Orléans, débouché commercial incontournable à l'embouchure du Mississipi, pour assurer l'avenir économique de son pays. Il était donc prêt, tôt ou tard, à s'emparer par la force de ces "quelques arpents de terre"...

Ce n'est pas que le premier consul ne rêvait pas d'un empire colonial... En 1801, il n'avait pas hésité à envoyer un corps expéditionnaire de 20.000 soldats, commandé par son beau-frère, le général Charles Leclerc, pour écraser une rébellion d'esclaves sur l'île antillaise de Saint-Domingue. Le chef des rebelles, Toussaint-Louverture, avait proclamé l'autonomie de l'île. Pour Bonaparte, celle-ci devait servir de base maritime arrière pour le commerce de la canne à sucre, du café et du coton, cultivés et récoltés par des esclaves. Elle devait ainsi être le pilier d'un empire français en Amérique du nord.

Dans ce contexte, la Louisiane en valait la chandelle, avec une superficie de 1,65 million de km2, deux fois celle de la France. On ne le sait pas toujours: ce territoire français s'étendait de la frontière canadienne... au golfe du Mexique, des Rocheuses au Mississipi.

Mais en réalité, celui-ci n'a été français que par intermittence: en 1762, Louis XV, défait pendant la Guerre de Sept ans, l'avait secrètement cédé à l'Espagne. Laquelle l'avait tout aussi secrètement rendu à la France... en 1800 par le traité de San Ildefonse.

En 1802, l'expédition de Saint-Domingue tourne court. Les combats sont difficiles. Débordé par le nombre, Toussaint-Louverture se soumet mais Leclerc meurt de la fièvre jaune. Dans le même temps, les Britanniques sont prêts à fondre sur la Nouvelle-Orléans avec 20 navires qui rôdent dans le golfe du Mexique. "Foutu sucre! Foutu café! Foutues colonies!", s'exclame alors le premier consul qui apprend l'échec antillais en janvier 1803. Il sait qu'il ne dispose pas de la flotte suffisante pour défendre la possession.

En mars de la même année, le président Jefferson envoie en France un émissaire, James Monroe. Sa mission: acheter le port de la Nouvelle-Orléans, la Floride et obtenir la liberté de navigation sur le Mississipi.

A Paris, le terrain politique est mûr pour une transaction. "Les Anglais n'auront pas le Mississippi qu'ils convoitent. Je songe à la céder aux Etats-Unis. Je considère la colonie comme perdue et il me semble que, dans les mains de cette puissance naissante, elle sera plus utile à la politique et même au commerce de la France que si je tentais de la garder". Arrivé à Paris, Monroe se voit alors proposé d'acheter toute la province.

Les discussions sont rondement menées. L'accord, rédigé en français, est conclu le 30 avril. Le temps de le traduire en bel et bon anglais, il ne sera signé que le 3 mai. Avec application officielle le 20 décembre.

Les Français vendent leur possession pour 15 millions de dollars (300 millions d'aujourd'hui). Soit 9,5 cents l'hectare.
Un évènement majeur pour les Etats-Unis
- DR -

Pour le jeune Etat américain, la somme n'en est pas moins considérable: elle représente en effet 1,5 fois son produit national brut. Elle est financée par le biais d'obligations à 6 % auprès de banques hollandaises... et britanniques. Le président des Etats-Unis a chargé de la transaction son secrétaire au Trésor, le Suisse Albert Galatin. Ce dernier réussit à obtenir de la partie française une réduction de 20 % sur la somme négociée. Motif: un dédommagement des pertes infligées au commerce des Etats-Unis d'Amérique par les Français pendant la Révolution...

Si la somme est considérable, elle en vaut la chandelle. La toute nouvelle nation, née 27 ans plus tôt, double d'un coup et pacifiquement son territoire d'une superficie équivalant à 18 Etats américains d'aujourd'hui.

"L'acquisition de la Lousiane a façonné la destinée de ce grand pays. Elle l'a placé dans la position de devenir une puissance mondiale", n'hésite pas à dire aujourd'hui Kathleen Babineau Blanco (Babineau: tiens, un nom français !), lieutenant-gouverneur de l'actuel Etat de Louisiane (donc beaucoup plus petite que l'"ancienne").

"En débloquant la frontière symbolique du Mississipi, la transaction allait ouvrir la voie à l'expansion vers l'ouest", explique l'historien Jean-Jacques Roure, de l'association France-Louisiane. Elle a ainsi permis l'émergence d'un des éléments fondateurs du mythe américain, la légendaire ruée vers l'Ouest. L'ouverture de pistes dans cette direction, notamment l'Oregon Trail, allait déclencher un exode sans précédent vers le Pacifique.
La Louisiane française
- AFP -

C'est en 1682 que la Louisiane est devenue officiellement française. René Cavelier, sieur de la Salle, prend possession du territoire au nom de la France et la baptise Louisiane en l'honneur de Louis XIV. Cavelier était parti du Canada pour chercher un passage vers le Pacifique... en descendant le fleuve Mississipi qui se jette en fait dans le golfe du Mexique. Auparavant, la région avait été explorée par les Espagnols. Puis par des missionnaires jésuites, des aventuriers anglais, espagnols, français, des chasseurs, des déserteurs...

"Sur le bord de l'océan, Cavelier fait découper dans une marmite de cuivre les armes de Louis XIV, les encloue sur un chêne et déclare: 'Je te nomme Louisiane!'", raconte dans "L'Express" le journaliste Maurice Denuzière, qui a écrit "Au pays des bayous" (Fayard). Au début, le roi ne s'y oppose pas. Mais en 1697, par le traité de Ryswick, il fait reconnaître ses droits sur le territoire.

Puis la Louisiane va sombrer dans l'oubli. En 1699 arrive une nouvelle expédition française commandée par Pierre d'Iberville qui fonde La Nouvelle-Orléans, en hommage au régent, le duc d'Orléans. "En 1718, l'architecte Adrien de Pauger en dessine le plan avec des rues à angle droit, ce qu'on appelle aujourd'hui le 'Vieux Carré'", explique Maurice Denuzière.

Les Français espèrent trouver des minerais. Mais ils ne trouvent que des marécages, des alligators, des moustiques et la fièvre jaune. La colonie coûte cher. Louis XV décide alors de confier le monopole d'exploitation à un financier écossais, John Law. Mais les colons ne viennent pas. On fait venir de la mère patrie des jeunes orphelines de bonnes familles désargentées... qui vont être confrontées à des aventuriers rustauds. Echec. Arrivent ensuite, amenées de force, des trafiquantes de sel et des prostituées. La Louisiane va commencer à se peupler. Lentement.

En 1730, on commence à planter du coton. Pour le cultiver, on "importe" des esclaves venus d'Afrique. Mais Louis XV, que l'Amérique n'intéresse pas, décide de se débarrasser du territoire. Et le confie secrètement à l'Espagne en 1762. Les Louisianais ne l'apprendront que bien plus tard. Sans s'en offusquer !

En 1755, les 10.000 Acadiens français, installés en Nouvelle-Ecosse et au Nouveau-Brunswick (aujourd'hui ouest du Canada) et devenus citoyens de sa Gracieuse Majesté britannique depuis le traité d'Utrecht en 1713, refusent de prêter un serment d'allégeance à leurs nouveaux maîtres. Ils sont alors expulsés de force et commencent une errance qui va durer approximativement jusqu'en 1763. Une bien sombre période que les Canadiens francophones appellent le "Grand Dérangement". Ils se réfugient notamment en Louisiane.

Les nouveaux maîtres espagnols ne sont pas très présents. Et les communautés française et espagnole se côtoyent sans heurts.
Française, espagnole, française, américaine...
- AFP -

Seul problème: en 1776, le gouverneur hispanique va remplacer le vin de Bordeaux par un breuvage espagnol. Tollé. Les colons veulent redevenir français. Leur ancien souverain s'en moque. Les Louisianais expulsent le gouverneur sacrilège. Certains d'entre eux vont alors fonder une république indépendante. Dix ans avant la Révolution américaine, treize avant la française ! Ils rédigent un semblant de Constitution. Veulent créer un Parlement. Mais le roi d'Espagne ne l'entend pas de cette oreille. Des troupes espagnoles débarquent et les six principaux insurgés sont fusillés.

Pourtant, Madrid ne s'est jamais vraiment intéressé à la Louisiane et ne l'a jamais réellement occupé. Conséquence: le 1er octobre 1800, par le traité de San Ildefonse, l'Espagne rétrocède à la France ses droits sur la colonie...

L'histoire s'accélère. Le représentant de Paris, le baron Pierre-Clément de Laussat, qui porte le titre de préfet, n'arrive qu'en mars 1803, un mois avant la vente du territoire aux Etats-Unis. Les planteurs sont ravis. D'autant plus ravis que le Consulat a décidé que l'eslavage serait maintenu.

Pendant ce temps, en métropole, les négociateurs américains "proposent une grosse somme pour cette acquisition. La réponse de Bonaparte les stupéfie: pour le même prix, il offre la Louisiane toute entière", raconte Maurice Denuzière dans "L'Express". L'aventure américaine du territoire commence...

Les Louisianais (au moins ceux qui ne sont pas réduits en esclavage...) semblent avoir bien accepté leur nouvelle administration. D'autant plus que la culture du coton se développe.

En 1812, la Louisiane, réduite à une plaine côtière le long du golfe du Mexique, devient le dix-huitième Etat des Etats-Unis d'Amérique.

L'immigration française ne s'est pourtant pas tarie pour autant. On estime ainsi qu'entre 1820 et 1860, 50.000 Français sont venus s'installer en Louisiane pour des raisons économiques. Une manière d'illustrer ces propos du baron de Laussat lancés à la foule lors de la cérémonie de cession: "Puissent un Lousianais et un Français ne jamais se rencontrer, aujourd'hui ou demain, ici ou ailleurs, sans ressentir des sentiments d'affection et sans être mutuellement disposés à s'appeler frères".
Les Cajuns
- AFP -

En dehors des nombreuses tribus amérindiennes, l'immense Louisiane française était fort peu peuplée. En 1803, on y comptait quelque 50.000 âmes, la plupart résidant dans le port de La Nouvelle-Orléans et le long du Mississipi. Sur ces 50.000 personnes, bien peu étaient réellement d'origine française. Ainsi quand il arrive sur place en 1803, le baron de Laussat découvre que la moitié d'entre elles sont noires et sont donc des esclaves.

La population de la Louisiane est en fait un melting pot où Améridiens, hommes blancs et hommes noirs cohabitent tant bien que mal. Les premiers colons français ont été rejoints à partir de 1755 par les Acadiens, ces Francophones de Nouvelle-Ecosse (d'origine normande, bretonne et poitevine) chassés par le colonisateur britannique. Au XVIIIe et au début du XIXe (lors des révoltes d'esclaves de Saint-Domingue) arrivent de riches planteurs blancs créoles français (ou espagnols).

Les Louisianiais vont alors prendre le nom de Cajuns, prononciation anglo-saxonne du terme acadien.

D'autres vagues d'émigrants vont suivre : italienne, irlandaise, liées à la Guerre de sécession et à la découverte du pétrole au début du XXe siècle...

Aujourd'hui, un Cajun est, selon le "Petit Robert", "un francophone de Louisiane qui parle une langue d'origine acadienne", variante du français canadien. On estime à 700.000 le nombre de Cajuns vivant dans l'Etat américain de Louisiane (sur quelque 4,3 millions d'habitants).

Les Acadiens ont longtemps vécu en marge de la communauté anglophone. Ils construisaient leurs maisons en bordure des bayous (du mot indien bajuk signifiant rivière), marais infestés de crocos. Ils gagnaient leur vie grâce à la pêche, l'agriculture et l'artisanat. Parlant un dialecte francophone que bien peu de non-Cajuns pouvaient comprendre, ils ont développé "une culture bien à eux (musique, arts, cuisine), loin de tous, comme retirés du monde", observe "Le Soir" de Bruxelles.

Plusieurs générations de Cajuns sont ainsi restées non scolarisées et illettrées, vivant simplement repliées sur leurs terres. Une population méprisée par les riches créoles. Le Cajun "était souvent et injustement considéré comme un gentil bouffon, ignorant, parlant le français, menant une existence rudimentaire dans les marais. Un rustre brave et facile à vivre qui n'avait ni ne demandait rien tant qu'il pouvait aller au 'Fais dodo' (bal) le samedi soir et à la messe le dimanche", explique au "Soir" un habitant de Lafayette.
La culture cajun
- AFP -

A partir de cette image se sont développés d'inévitables clichés. Les Cajuns et, au-delà les Louisianiais, sont censés mener un style de vie qui leur est propre, une joie de vivre résumé par l'adage "Laissez les bons temps rouler". "La joie de vivre est un étendard qui flotte avant tout dans les soirées 'Fais dodo', ainsi baptisées du nom de la pièce où les enfants étaient réunis pour dormir pendant que les parents dansaient. Toujours d'actualité, le bal reste un heureux moment de réunion pour grands et petits sur musiques traditionnelles accompagnées par le bandonéon, le triangle, le violon et la guitare", écrit "L'Express".

"Les Cajuns ont du sang latin: ils s'emportent rapidement et passent très vite du rire à la colère, et inversement. Ils mettent autant d'ardeur à s'amuser qu'à travailler, et ils travaillent dur", a expliqué à "L'Express" un habitant de Lafayette.

Au-delà des clichés, la culture cajun n'en est pas moins une réalité.

Au niveau du paysage, d'abord. L'influence française a ainsi créé un milieu rural particulier: les parcelles allongées, les fermes alignées le long des axes de communication constituant des villages-rues, rappellent l'époque de la colonisation. Il y aussi l'héritage de la ville et des plantations, légué par les riches créoles. Ceux-ci ont construit leurs hôtels particuliers dans le Vieux Carré de La Nouvelle-Orléans, où ils séjournaient en hiver. Aujourd'hui, le French Quarter est entièrement... américain. Il ne subsiste que des antiquaires et les noms des rues, évocateurs: Bourbon, Dauphine, Toulouse...

La gastronomie "cadienne" est réputée: friture de crocodile ou de poisson chat, crabes mous grillés et crustacés à toutes les sauces, boudins, écrevisses à l'étouffée, po-boy (sandwich chaud), gumbo (soupe épaisse épicée servie sur du riz)...

Il y aussi la musique. Le jazz à La Nouvelle-Orléans, avec Louis Armstrong, Mahalia Jackson, les frères Marsalis, Harry Connick Jr. La musique des danses et chansons ("Ma blonde est partie") francophones, sur fond de violon et/ou d'accordéon. De leur côté, les noirs ont développé une variété de blues imprégnée du rythme des danses, le zydeco, qui s'ouvre aujourd'hui à l'électrification et au rock'n'roll.

Grandes figures de la musique cajun moderne: Michael Doucet (né en 1951), et surtout Zachary Richard (né en 1950), qui fusionne créole, rock, zydeco tout en chantant en français.
Et la langue française dans tout ça ?
- DR -

Lors du recensement de 1990, quelque 250.000 Louisianais ont indiqué que le français était la langue principale parlée chez eux. Cette population demeure surtout dans le sud-ouest de l'Etat, parsemant la région "de consonances rurales, comme le bayou Lafourche, le bayou Lacombe, la Pointe-aux-Chênes, Terrebonne, le lac Palourde, Grand-Cocteau...", écrit "Le Monde".

La pratique de leur idiome a été broyée par le rouleau compresseur anglophone. De plus, à partir de 1930, les autorités ont imposé l'anglais à l'école. Les enfants surpris à parler français se faisaient taper sur les doigts, au sens propre du terme. Cette interdiction a "eu des effets psychologiques dévastateurs", témoigne dans "Le Monde" Kathleen Babineaux Blanco, lieutenant-gouverneur de l'actuelle Louisiane. Ses deux parents étaient bilingues mais n'ont pas encouragé leurs enfants à parler la langue de Molière, en raison de l'interdiction scolaire. "Mon père appartient à cette génération d'enfants qui ne parlait que le français quand ils sont arrivés à l'école" mais qui "ont été réprimés", ajoute-t-elle.

"Il y a moins d'un quart de siècle, on se moquait des Cajuns, on les méprisait. Ils étaient traités d'incultes, de paysans. Aujourd'hui, les mentalités changent. Il y a un mouvement qui s'amorce. Il y a une fierté retrouvée dans ce passé lointain", observe dans "Le Soir" Philippe Gustin, un Belge venu enseigner le français en Louisiane en 1974 et aujourd'hui directeur du Centre international de Lafayette.

"Si nous n'apprenons pas le français à nos enfants, il va disparaître", explique Kathleen Babineaux Blanco. D'où la création de classes d'immersion dès la maternelle, dans lesquelles les matières principales sont enseignées à la fois en français et en anglais. Conséquence: près de 500 enseignants étrangers travaillent en Louisiane. Ce mouvement de renaissance de la culture est notamment soutenu par le Conseil pour le développement du français en Louisiane (CODOFIL), fondé par le législateur en 1968. Objectif: ¿faire tout ce qui est nécessaire pour encourager le développement, l'utilisation et la préservation du français tel qu'il existe en Louisiane pour le plus grand bien culturel, économique et touristique pour l'Etat¿.

La reconnaissance de la langue française continue à progresser. En 1980, un juge fédéral a déclaré les Cajuns minorité protegée par l`Acte de droit civil de 1964. Et tout au long de l'année 1999, une "FrancoFête" a réuni plusieurs centaines de milliers de personnes pour fêter le tricentenaire de l'installation des Français à l'embouchure du Mississipi.

Les commémorations
Le bicentenaire de la vente de la Louisiane est l'occasion de mettre en sourdine les divergences entre la France et les Etats-Unis. Le président de l'Assemblée nationale française, Jean-Louis Debré, a assisté à une commémoration à la Nouvelle-Orléans aux côté de la secrétaire américaine à l'Intérieur, Gale Norton.

L'occasion de voir notamment une mise en scène durant laquelle des acteurs jouaient en costume la signature des documents de vente. Ni le président George W. Bush ni son homologue Jacques Chirac n'avaient prévu d'y participer. "Ca ne tombait pas bien dans leur emploi du temps", a remarqué diplomatiquement une responsable de l'Etat de Louisaine, Kimberly Wooten Rosenberg...

Initialement, Jacques Chirac avait été invité. Mais, malgré les liens historiques entre la Louisiane et la France, sa venue était controversée en raison de son opposition résolue à la guerre en Irak. La francophobie du début de l'année 2003 "n'a pas totalement disparu", relève un éditorialiste du "New Orleans Times-Picayune", James Gill. Un élu de l'Etat avait même tenté de retirer l'invitation....

Pour le président de la branche locale de la Chambre de commerce franco-américaine, Damien Regnard, la vigueur du sentiment anti-français aux Etats-Unis s'est émoussée ces derniers mois, sans avoir disparu. "La francophobie, c'est quelque chose qui est derrière moi, mais il reste des cicatrices. Maintenant, on peut dire le mot en F - France - sans s'attirer des regards en
coin", explique-t-il.

Ce climat n'est cependant pas dans la tradition d'un Etat qu'il continue de considérer comme "très francophile et francophone, et très ami avec la France. Ces liens et l'aspect historique étaient une formidable occasion [pour Bush et Chirac] de parler d'autre chose que de l'Irak, et de célébrer l'amitié entre les deux pays", regrette Damien Regnard. Pour autant, peu de manifestations francophobes ont été observées aux Etats-Unis.

La cérémonie de samedi a clôturé un an de cérémonies du bicentenaires, marquées par des conférences, des expositions, des représentations théâtrales, un opéra et même l'édition d'une cuvée spéciale de beaujolais. Elle s'achèvait sur deux grandes réceptions, dont l'une se voulait une réédition du bal donné par le Français Pierre-Clément Laussat dans la ville en 1803, en costumes et au son d'une musique d'époque.

A Paris, une exposition sur la "Louisiana Purchase" est organisée à la Mona Bismark Foudation. Elle présente de nombreux documents historiques, tableaux, gravures, photos et affiches, prêtés pour la plupart par l'Historic New Orleans Collection, mais aussi par les archives diplomatiques françaises. Parmi ces documents une carte "très curieuse" (dixit le carte) de 1719.

Mona Bismarck Foundation
34 avenue de New York, 75116 Paris; 01 47 23 38 88
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